Synopsis
Un point commun entre l’Isabelle de « I » et son réalisateur : tous deux ont su convaincre Saudek et Witkin de se prêter à leur jeu. Cette mystérieuse jeune fille cherche à se faire photographier nue par ceux dont elle admire le travail. Le court métrage révèle une étonnante collection de clichés, visitée à la lumière du journal intime de ses rencontres avec les photographes. Le portrait de Saudek montre sa fascination pour le corps de ses modèles, épouses ou maîtresses au physique souvent hors normes, sources d’une imagerie baroque et kitsch. Il prépare une mise en scène, surexcité comme un chien fou, jouant pourtant à refaire des clichés choisis par le cinéaste. En pleine représentation, Saudek en fait des tonnes, parodiant ses rapports de séduction, mimant l’inspiration comme une pulsion sexuelle incontrôlable. Derrière cette agitation, le cinéaste laisse entrevoir la fragilité que masque ce perpétuel bouillonnement. Conique ou de velours noir, le masque est un accessoire essentiel chez Witkin. Il dit l’associer à l’empreinte du Christ, que porterait chaque existence. Catholique et esthète, le maestro fait se rencontrer l’histoire de l’art, le bordel et la morgue. Difformes ou meurtris, les corps qu’il met en scène sont les « Freaks » de toute humanité. Maîtrisé avec simplicité, habileté et légèreté, ce documentaire permet de suivre Witkin dans toutes les étapes de la fabrication d’une image, inédite pour le coup. Avec curiosité, on le voit faire son marché (une tête de cheval, bientôt écorchée) et ses castings dans les marges (un transsexuel, un clochard, une naine qui refuse de se dénuder), de l’autre côté de la frontière mexicaine. Il crayonne beaucoup, fabrique accessoires et toiles de fond, se rapprochant avec perfectionnisme de sa vision de départ. Witkin croit à la préexistence de l’image, son but étant de la révéler dans une rencontre miraculeuse au moment de la prise de vue. La photographie comme acte de création est également au coeur de
Sans titre, la vraie découverte de ce programme. Les plans-séquences de cette fiction montrent la perpétuelle recherche formelle d’une photographe dont le principal matériau est son propre corps. Sensualité et ambiguïté sont explorées jusqu’à disparaître derrière le papier peint d’une villa abandonnée ou dans le flou d’un bougé. Florence Denou, qui l’interprète, habite ces happenings avec une présence fascinante. Les images reproduisent celles de Woodman, mais alors que celle-ci s’est suicidée à 23 ans, le personnage est plus âgé et on la dissocie nettement de son modèle. Ce parti pris était risqué. Une voix off lit un journal intime, mais ce sont des extraits de
Vagues de Virginia Woolf, habilement choisis. L’évocation paraît d’autant plus juste qu’elle s’éloigne de la reconstitution, jouant sur les décalages et les associations. En filigrane de ce faux portrait d’une femme fantasmée se dessine celui d’un cinéaste, à la poursuite de ses obsessions.
© LES FICHES DU CINEMA 2007
