Synopsis
Narcissisme exacerbé, diront les uns, prémonition de l'importance de l'événement, diront d'autres : il vint à l'idée de Valéry Giscard d'Estaing de faire filmer - "à l'américaine" - sa campagne des élections présidentielles de 1974. Pour cela, il choisit un photographe réputé qui avait à son actif quelques courts métrages déjà remarqués : R. Depardon. Pendant un mois, le jeune réalisateur suivit le candidat Giscard, du dernier Conseil du gouvernement Messmer aux résultats du 19 mai. Une campagne difficile, à l'issue incertaine, menée tambour battant par les deux adversaires d'alors : l'autre, c'est bien sûr François Mitterrand, qu'on entrevoit lorsque V. Giscard d'Estaing regarde la télévision ou lors du notable face-à-face du 10 mai. Cela ne commence pas très bien : des réunions, des meetings, un son peu audible, du reportage convenu comme on en a vu des kilomètres avant et depuis. On doute alors que le réalisateur futur de Reporters ou Faits divers soit bien aux commandes. Et puis, tout change, bascule. Un autre film démarre, décolle. Depardon s'en est expliqué : il avisa son producteur-candidat qu'il arrêterait si cette routine persistait. Et V. Giscard d'Estaing l'écouta. Dès lors, tout au long de la campagne pour le second tour, la caméra ne quitte plus le candidat. Elle est des réunions de l'équipe de campagne ou des entretiens avec M. Poniatowski, où la tactique, face à F. Mitterrand, mais surtout avec et contre les (r)alliés de l'U.D.R., est débattue. Elle filme tout autrement les déplacements, les meetings, s'attache aux à-côtés significatifs, aux ambiances. Le débat du 10 mai lui-même est montré comme on ne le vit jamais : en prologue, un Mitterrand altier et un Giscard tendu (le seul moment du film où une inquiétude semble le traverser) ; pendant, presque rien, et surtout pas la célèbre réplique du "monopole du coeur". Depardon est le plus "metteur en scène" des documentaristes : tous ses films le montrent. Ici, dépassant les contraintes, il a magistralement mis en scène Giscard (à son insu ? Probablement pas !). Et l'homme politique, quoiqu'on pense de lui, est aussi un sacré personnage, imposant d'humour glacé, de malice policée et de fougue maîtrisée. L'une des dernières séquences où, dans son appartement du Ministère des Finances, le nouveau Président, après avoir découvert les estimations du soir du second tour à la télévision, préfère regarder une série américaine plutôt que de voir s'agiter des gens, dont il se demande "pourquoi ils parlent", est un grand moment.
© LES FICHES DU CINEMA 2002
