Synopsis
Une tapisserie ancienne, quelques notes de musique baroque et le générique qui défile par-dessus... Une photo d'un homme, mort dans la neige (il s'agit de Robert Walser, l'auteur du texte à suivre)... Et puis voilà que l'écran s'éteint, et que les voix entrent en scène. Le dialogue s'installe, le noir persiste. Il restera là jusqu'au bout, à peine troublé, de temps à autre, par la percée fugitive de ciels bleus, ponctués de légers nuages. Ainsi se présente ce Blanche-Neige, dernier haut fait d'armes de Monteiro (juste avant le testamentaire Va et vient), présenté à Venise en 2000, et resté, sans qu'on puisse s'en étonner outre mesure, inédit jusqu'à aujourd'hui. Provocateur taquin, Monteiro s'était toujours plu à contrarier (avec le sourire) les goûts bourgeois des spectateurs. Cette fois, il passe un cap difficilement surpassable et prend place sur une frontière où l'on distingue mal ce qui relève de l'art contemporain et ce qui appartient encore au cinéma. Blanche-Neige est l'adaptation d'une oeuvre de Robert Walser. C'est un dialogue entre les différents personnages du conte : Blanche-Neige, la reine mère, le chasseur, le prince. Chacun donne sa version des faits, l'histoire est doucement distordue en de multiples variations. Il s'avère bientôt que tout ceci n'est qu'un jeu, et le récit adopte progressivement le ton du récit libertin, devenant une sorte d'éducation perverse de l'innocente Blanche-Neige. Ce texte est assez beau, c'est vrai. Nécessite-t-il pour autant toute cette mise en scène ? Le noir lui va-t-il si bien ? On peut en douter. On imagine que l'ambition de Monteiro est d'inciter le spectateur à tisser sans entraves sa propre rêverie, à partir des mots qui lui sont offerts. Hélas, au lieu de nous livrer une véritable mise en scène de la bande-son, il diffuse simplement un dialogue théâtral, qui s'apparente bientôt à une simple dramatique radio. De plus, la diffusion en V.O., pour une fois, apparaît ici comme un contresens et une trahison de l'esprit de l'oeuvre. En effet, dès lors qu'il nous faut lire les sous-titres, nous ne vivons jamais l'expérience que nous propose Monteiro : celle de passer une heure dans le noir, face à un écran qui fait de la rétention d'images. Par ailleurs, les quelques images glissées dans le film (ciels sur fond de musique concrète) connotent tellement le cinéma expérimental des années 1970 qu'elles accentuent le sentiment d'un film d'avant-garde périmé. Si bien que, même si on a de la sympathie pour une provocation finalement plus potache que pédante, on ne peut que constater qu'elle est presque totalement sans effet.
© LES FICHES DU CINEMA 2003
