Synopsis
Dans la vague d'extrême politisation actuelle, Mémoire d'un saccage tombe à pic pour rappeler qu'il n'y a pas que Bush dans la vie. Il y aussi l'Amérique du Sud, et l'Argentine en l'occurence, dont le bilan général est, à l'aube du nouveau siècle, franchement désastreux. Pour mieux expliquer l'ampleur du désastre : Fernando Solanas nous livre une oeuvre à son image, celle d'un des rares cinéastes actuels dont le travail avance avec un engagement politique actif de député et de protestataire, lui ayant déjà attiré de gros ennuis. Ainsi, Mémoire d'un saccage est un croisement entre documentaire et film d'auteur, assez proche du Fahrenheit 9/11 de M. Moore (l'humour en moins), avec lequel il partage surtout une subjectivité pamphlétaire entièrement revendiquée. Dans sa ligne de mire : l'ex-président Carlos Menem et son ministre de l'économie Cavallo, donnés comme principaux responsables d'une politique, ironiquement appelée "miracle argentin", ayant mené un pays à l'immense potentiel naturel au bord du gouffre social. Comme Menem n'est plus au pouvoir et que l'actuel président, N. Kirchner, recueille plutôt les sondages de Solanas, le long-métrage tient plus du constat, dressé en dix points (donc sous la forme d'un réquisitoire), alternant les franches accusations et une exposition un peu plus posée des faits. Pour bien faire passer son message, le cinéaste martèle aussi l'écran de slogans chocs, destinés à souligner la corruption d'un régime particulièrement cynique. Et il est vrai que le bilan est accablant, mélangeant un libéralisme poussé aux dernières limites avec une vision singulière de l'Etat, assumant quantité de dettes et de problèmes qui devraient plutôt revenir aux grandes banques internationales qu'à un peuple dans un dénuement alarmant. Pour le réalisateur, Menem, De La Rua et les autres furent en fait les laquais du FMI et des corporations étrangères, faisant passer les intérêts de ces derniers avant ceux de leurs citoyens électeurs.Si le film, grâce à des images choquantes et un sérieux solennel, semble de prime abord plus digne de confiance que le manichéisme évident d'un Moore, les méthodes de Solanas peuvent énerver. Notamment sa propension à commencer chaque point par de violentes accusations, avant d'expliquer, parfois succinctement, les faits justifiant ses diatribes. Certaines démonstrations peuvent ainsi, au milieu des insultes et réprimandes, sembler un peu incomplètes par manque de précision. Mais, ces défauts mineurs ne nuisent pas à la force indéniable d'un film-plaidoyer particulièrement déprimant, se concluant néanmoins par une note d'espoir bienvenue, sur un peuple ayant finalement, bien qu'un peu tard, pris son destin en mains.
© LES FICHES DU CINEMA 2004
